Trois adolescents d'origine maghrébine ont été blessés au fusil de chasse vendredi vers 22 h 30 dans un quartier populaire sur les hauteurs d'Ajaccio.
"Trois hommes armés chacun d'un fusil de chasse à bord d'une voiture ont ouvert le feu sur un groupe de jeunes maghrébins qui s'étaient réunis. Quatre coups ont été tirés et ont blessé sérieusement un jeune à la tête", a déclaré le procureur de la République à Ajaccio José Thorel, précisant que "deux autres garçons ont été blessés à l'épaule et au thorax". Les trois victimes, âgés de 16 à 19 ans et inconnues des services de police, ont été conduites à l'hôpital d'Ajaccio. Deux d'entre elles, légèrement blessées, ont quitté l'hôpital dans la nuit tandis que le troisième, plus sérieusement touchée à l'oeil, a été opéré dans la nuit.
"C'est un fait de violence inqualifiable qui sera sévèrement puni lorsque les auteurs seront retrouvés. Le caractère raciste n'est pas écarté mais n'est pas établi non plus", a déclaré le procureur de la République d'Ajaccio. L'enquête pour "tentative de meurtres" a été confiée à la Direction régionale de la police judiciaire d'Ajaccio. Un couple a déjà été placé en garde à vue. "L'homme a été désigné par les témoins comme étant un des tireurs. Plusieurs fusils ont été saisis à leur domicile situé dans le même quartier", a précisé le procureur.
"Je vais vous buter un par un" Un groupe de jeunes d'origine maghrébine des Jardins de l'Empereur se trouvait, selon des témoins, sur un terrain de sport du quartier et prolongeaient dans le calme la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan. C'est alors qu'ils ont été pris pour cible par des hommes armés d'un fusil de chasse qui circulaient en voiture. S'appuyant sur des témoignages, les enquêteurs ont interpellé un habitant du quartier dans son appartement et ont saisis à son domicile quatre fusils de chasse ainsi que des munitions. Agé de 44 ans, l'homme nie avoir participé aux faits. Quatre autres personnes qui se trouvaient avec lui ont également été arrêtées puis rapidement relâchées. D'autre part, un autre homme a été interpellé samedi dans la matinée. Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, un différend aurait opposé il y a quelques jours les deux agresseurs présumés à plusieurs jeunes à cause d'une voiture taguée. Selon un témoin, cet homme aurait brandi une arme et proféré des menaces racistes lors de cette altercation, déclarant : "sales Arabes, je vais vous buter un par un, vous êtes tous sur ma liste".
Après l'agression, près de 80 jeunes se sont attroupés et ont dénoncé des "insultes racistes incessantes ces dernières semaines". Dans la nuit, un groupe s'est introduit dans l'appartement d'un des tireurs présumés, y a commis des dégradations et a jeté un papier enflammé dans la cuisine, déclenchant un début d'incendie rapidement stoppé par les pompiers. Sur ces derniers faits, une enquête pour "dégradations et destruction de biens par incendie" a été ouverte.
Le Parti socialiste a dénoncé un "acte odieux" et réclamé des "sanctions exemplaires" après cette agression. dans un communiqué, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l'égalité, et Stéphane Le Foll, député européen et directeur de cabinet de François Hollande ont souligné que "le parti socialiste condamne avec la plus grande fermeté cette tentative de meurtre sur trois jeunes (...), en raison de leur origine, et déplore la multiplication des agressions racistes". Se disant "scandalisée", SOS Racisme relève que "cette agression qui est survenue dans un climat délétère est d'une extrême gravité et doit appeler une réponse circonstanciée de la part des pouvoirs publics".
"Cet attentat à visée raciste selon les premiers éléments de l'enquête doit être sévèrement condamné et ses auteurs lourdement sanctionnés", écrit dans un communiqué un des porte-parole du parti présidentiel, Dominique Paillé, exprimant sa "sympathie" aux victimes. Et de conclure : "C'est l'exemplarité des peines qui pourra contribuer à limiter le nombre de ceux qui se livrent à de tels méfaits et démontrera la ferme volonté de notre société de lutter contre le fléau du racisme contraire à nos valeurs républicaines".
source:
lepoint.fr